La mise en garde russe…
29 août 2008. – La Russie a mis en garde vendredi contre les conséquences « irréversibles » de la politique de confrontation directe avec l’OTAN à la suite de la crise autour de la Géorgie.
« Nous estimons que toute nouvelle poussée de l’OTAN vers la confrontation avec la Russie, toute pression sur nous sont inacceptables et peuvent avoir des conséquences irréversibles pour le climat politique et militaire, pour la stabilité du continent », a déclaré le porte-parole de la diplomatie russe, Andreï Nesterenko, lors d’une conférence de presse à Moscou.
« La Russie attend de l’OTAN une approche plus pondérée contribuant à une désescalade plus rapide et au règlement de la crise en Géorgie », a-t-il relevé.
Ces dernières années, selon M. Nesterenko, l’OTAN a agi à maintes reprises au mépris de la Charte des Nations Unies et d’autres normes du droit international. « Elle n’a aucun droit moral de prétendre au rôle de mentor dans les questions internationales et évaluer le comportement d’autres Etats », a-t-il souligné.
Selon M. Nesterenko, la décision de la Russie de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud vise à couper court au génocide systématique des peuples abkhaze et ossète.
« La décision russe se fonde sur les normes fixées dans la Charte des Nations unies, l’Acte final d’Helsinki, la Déclaration sur les principes du droit international et d’autres accords internationaux », a indiqué le diplomate.
La Russie reconnaît l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud

Le président russe a signé le décret reconnaissant l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, faisant fi des promesses sur le respect de l’intégrité territoriale de la Géorgie.
Cette décision met Dmitri Medvedev frontalement en opposition avec l’Ouest. «Nous n’avons peur de rien, y compris d’une guerre froide. Bien sûr nous ne la voulons pas», a-t-il confié à Russia Today, la chaîne d’information russe. «Si les Occidentaux veulent conserver de bonnes relations avec la Russie, ils comprendront les raisons de notre décision.»
En revenant sur l’histoire du conflit, Dmitri Medevdev a expliqué la logique derrière son choix. «La Russie a en permanence fait preuve de calme et de patience. À plusieurs reprises nous avons appelé au retour à la table de négociation», a-t-il assuré tout en expliquant que la Russie aurait déjà par le passé pu reconnaître l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.
«Notre pays a agi en médiateur et en force de maintien de la paix (…) Les dirigeants géorgiens ont choisi une autre voie. (…) Ils ont méthodiquement préparé la guerre», a affirmé le chef du Kremlin. Il a de nouveau accusé le président géorgien Mikhaïl Saakachvili d’avoir violé la charte des Nations Unies et, en tentant le 8 août de prendre militairement le contrôle de l’Ossétie du Sud, «choisi le génocide pour atteindre des objectifs politiques».
Bref, aux yeux de Moscou, cette reconnaissance était devenue «inévitable», comme l’a expliqué Sergeï Lavrov, le ministre des Affaire étrangères désormais en charge d’initier les relations diplomatiques avec l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. «Nous n’avons pas peur de nous retrouver isolés», a-t-il lancé. Et il a rejeté tous les paradoxes de cette décision. Notamment au sujet de la Tchétchénie (contre laquelle la Russie a mené une guerre lorsqu’elle était devenue indépendante) et du Kosovo (dont Moscou a refusé de reconnaître l’indépendance).
«Menace d’un cataclysme mondia»
Tout en assurant que le Kremlin n’a aucun projet d’an-nexer les deux nouveaux États, Sergeï Lavrov a prévenu que des forces militaires supplémentaires y seront envoyées dans le cadre de l’opération de maintien de la paix. Possible premier pas vers des bases militaires, comme l’ont d’ailleurs déjà demandé certains dans les capitales des deux provinces. Le ministre a enfin répété son attachement à l’accord de paix négocié à Moscou par le président français Nicolas Sarkozy. Mais, alors que ce texte prévoit des négociations internationales sur le futur statut de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie, Moscou a pris les devants en reconnaissant leur indépendance.
L’annonce choc de Dmitri Medvedev confirme ainsi la victoire de la ligne dure au Kremlin. Est d’ailleurs omniprésent dans les médias l’ambassadeur de la Russie à l’Otan, le nationaliste Dmitri Rogozine, qui a comparé la situation actuelle aux tensions précédant la Première Guerre mondiale.
Certains s’interrogent cependant sur les méfaits à long terme. Mikhaïl Gorbatchev, l’ex-leader soviétique, a mis en garde contre une «nouvelle scission» et «la menace d’un cataclysme mondial». Vladimir Loukine, l’om-budsman des droits de l’homme, s’est inquiété de voir «brûlés les ponts pour de futures négociations». Tous deux ont soutenu la massive intervention militaire en Ossétie du Sud. Mais, voix à peine entendues, ils redoutent aujourd’hui les conséquences de ce bras de fer diplomatique.
Sarkozy exige le retrait des Russes

Le président français Nicolas Sarkozy a demandé samedi à son homologue russe Dmitri Medvedev un “retrait rapide” des forces russes de la route menant en Géorgie de Poti à Senaki, selon un communiqué de la présidence française.
M. Sarkozy a eu une conversation téléphonique avec M. Medvedev au cours de laquelle il l’a “remercié” d’avoir “tenu ses engagements concernant le retrait des troupes russes”.
Selon le communiqué, les deux dirigeants se sont aussi mis d’accord sur “l’urgence” de remplacer les patrouilles russes dans la zone de sécurité par “un mécanisme international” dont la mise en place était prévue par l’accord de cessez-le-feu.
Le président français a “insisté sur l’importance du retrait rapide des militaires russes présents sur l’axe Poti/Senaki”.
La Russie affirme avoir achevé vendredi soir le retrait de ses forces régulières de Géorgie (hors Abkhazie et Ossétie du Sud). Elle a conservé samedi des positions avancées dans l’ouest, notamment autour de la ville portuaire de Poti, et Moscou a annoncé qu’elle continuerait de contrôler cette ville.
D’après le palais de l’Elysée, les deux chefs d’Etat ont “évoqué en détail le point 5 de l’accord, relatif aux mesures additionnelles de sécurité. Ils se sont notamment accordés sur l’urgence de la mise en place d’un mécanisme international sous l’égide de l’OSCE pour remplacer les patrouilles russes dans la zone de sécurité au sud de l’Ossétie”.
“Le président Sarkozy a souhaité que l’Union européenne apporte sa pleine contribution à ce mécanisme international”, précise le communiqué.
Moscou estime que l’accord de cessez-le-feu lui donne le droit de maintenir assez loin en territoire géorgien des soldats de la paix. L’accord prévoit que, “dans l’attente d’un mécanisme international”, les forces de paix russes mettent en oeuvre des “mesures additionnelles de sécurité”, mais il ne prévoit pas clairement les limites de leur zone de sécurité.
MM. Sarkozy et Medvedev resteront “en étroit contact au cours des prochains jours”, ajoute le communiqué. (afp/7sur7)
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